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Primeurs 2017

26/06/2018
Cap sur le fruit !

Le réchauffement de la fin de l’hiver favorisa un débourrement précoce et un mois d’avril particulièrement sec engendra une pousse très rapide. Les gels de plaine du 21, 22 avril et enfin les gelées fortes du 27 et 28 avril ont sévèrement contrarié les sorties précoces de grappes pleines et fournies. Sur les parcelles épargnées, un mois de mai sec et chaud rendait la floraison homogène et régulière. On constata sur les parcelles plus lourdement touchées qu’il fallait séparer deux générations de grappes. Condition sine qua non pour garder des vendanges homogènes. Les orages de printemps relancèrent la véraison. Les chaleurs de la fin de l’été favorisèrent les degrés et la maturité des tannins. Selon Simon Blanchard, de Derenoncourt Consultant, il reste « difficile de définir ce millésime tant il est hétérogène, le sérieux travail du vigneron était fondamental cette année encore ». Les sémillons, les sauvignons et les muscadelles rentrées précocement affichent dans l’ensemble de belles maturités et donnent des vins expressifs et aromatiques. Les liquoreux se montrent plein de fraicheur et d’allant avec de beaux équilibres acidité-sucrosité.
Pour ce millésime marqué par les morsures vives des gels d’avril, on aura en effet, pour les rouges en particulier, privilégié des élevages légers et des extractions douces pour mettre le cap sur le fruit.

 

Les Graves

La séquence mortifère des gelées successives des 21, 22, 28 et 29 avril, suivie par une séquence de grêle sur la commune de Podensac, aura bien entendu donné naissance à un millésime en dents de scie. On nota des écarts significatifs entre le secteur de Portets moins durement touché par le gel et le sud de l’appellation beaucoup plus affecté par les épisodes météorologiques. Un début de saison sec avec des températures supérieures de 1.5°C en moyenne et un développement précoce de la vigne était à bien des égards de bonne augure. Comme l’explique le président Dominique Guignard ce fut « un millésime tout le moins difficile, qu’il aura fallu travailler pour aller chercher le fruit bien plus que les tanins » rajoutant « qu’il était certes plus aisé de faire des bons vins dans des grands millésimes », renvoyant à la notion galvaudée mais justifiée de millésime de vignerons. Les vins se goûtent bien avec des arômes précoces et l’omniprésence du fruit dans la mesure où on n’incorporait pas les deuxièmes pousses plus fragiles et végétales. Le Château de Cérons rouge est un condensé de ce millésime dans la mesure où il présente déjà des arômes floraux expressifs et une bouche, certes peu épaisse, mais tout à fait fraîche et tonique. La terre de blancs habituellement graciles et délicats des Graves donne à goûter quelques vins tendus et pleins de fraîcheur à l’instar du Château de Sauvage ou encore de l’aromatique Château Chantegrive, cuvée Coraline, qui tira son épingle du jeu malgré des assemblages perturbés et sémillonnants, livrant un vin sur le fruit mûr et exotique.

Les primeurs au Château Pichon-Baron.

Pessac-Léognan

Sur ces terres habituellement froides, les vendanges débutèrent parfois autour du 25 septembre histoire d’attendre les tardifs cabernets sauvignons. Si on évoque une grande précocité du millésime concernant en particulier la floraison et la véraison, la séquence de forte pluie de fin septembre après un été sec aura finalement contrarié une bonne maturité du millésime. Globalement les merlots auront été plus touchés par le gel, un état de fait qui questionna les assemblages de certains Pessac-Léognan rouges. Dans les meilleurs cas la production, peu homogène, offre des vins rouges frais et fruités moins opulents que fins et finalement assez proche des caractéristiques de l’A.O.C.. Château Larrivet Haut Brion, en rouge, se livre avec légèreté et propose une bouche fraîche, à peine titillée par des tanins toniques. Avec une part de sémillon parfois plus importante, comme pour le Château Latour Martillac, les blancs de l’A.O.C. affichent de belles palettes aromatiques, lorgnant vers des agrumes mûrs voire des fruits exotiques. En blanc, on s’arrête également sur le Château Larrivet Haut-Brion et ses 75 % de sauvignon, qui surprend par ses arômes anisés et floraux et sa bouche vive avec une finale tout en sucrosité.

Bordeaux et Bordeaux Supérieurs

Planète Bordeaux a invité un peu moins de cinquante producteurs à venir présenter leurs vins dans la cadre des Primeurs 2017. Rappelons que les gels d’avril ont amputé la récolte de près de 40 % par rapport à l’année dernière, ramenant celle-ci à 3,5 millions hectolitres toutes productions confondues.
Les réussites de ce millésime délicat dans les appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieurs émanent de viticulteurs attachés à travailler le fruit, attentifs pour cela à des extractions douces et à des élevages précautionneux, privilégiant un équilibre entre les barriques neuves et les un-vin. La qualité de ce millésime fut également le fruit d’un travail minutieux dans la vigne. L’œnologue Antoine Médeville rappela que « les viticulteurs avaient dû jongler avec les dates de ramassage, être attentifs aux contrôles de maturité, couper les parcelles en deux et adapter les vinifications ».
Les sauvignons ont été vendangés dès la semaine du 21 août et les sémillons jusqu’à début septembre. Ces blancs secs ramassés dans de bonnes conditions sont frais et possèdent beaucoup d’ampleur aromatique et de belles acidités. Au final les Bordeaux rouges, vendangés précocement, entre début septembre et mi-septembre, expriment beaucoup de vivacité. Quelques vins rouges se signalent par de beaux équilibres, ainsi en va-t-il du Château Jean Faux en Bordeaux Supérieur. Le nez de ce vin est complexe et la bouche délicatement crémeuse. Une valeur sûre de cette vaste appellation. On peut également sortir du lot le Domaine de Courteillac, Bordeaux Supérieur, avec son nez très floral et sa bouche parfaitement équilibrée et gourmande.

Dégustation des Bordeaux et Bordeaux Supérieur.

Castillon Côtes de Bordeaux

Ici également le millésime 2017 se présenta sous les meilleurs auspices dans l’ensemble du libournais jusqu’aux gelées d’avril. Celles-ci touchèrent tout particulièrement le nord de l’appellation et les pieds de côtes, rappelant que cette A.O.C. possède des dénivelés de plus de 100 mètres sur certaines zones. La production enregistra des pertes comprises entre 40 et 90 %, pour des rendements compris entre 8 hectolitres hectare et 40 hectolitres hectare pour les plus fortunés.
Les parcelles, attentivement triées lors de vendanges méticuleuses, pour délaisser les pousses de la deuxième génération, donnent des vins très fruités avec de belles maturités et des tanins soyeux. Les indéniables réussites sont à imputer à l’attention portée aux élevages et aux assemblages souvent perturbés par les gelées. On retient le Domaine de l’A, vin de plateau argilo-calcaire, avec sa bouche tendue évoluant sur de beaux tanins dynamiques. On s’attarde encore sur le Château Moya avec sa bouche tout en puissance et une finale sur le fruit frais.

Saint Emilionnais

Le millésime 2017, faut-il le rappeler, est né dans un contexte météorologique tout à fait singulier avec un début d’année marqué par un stress hydrique et des températures plus élevées que la normale, ce qui conduisit à un débourrement précoce et exposa dangereusement les bourgeons aux gels tardifs.

Le côté sud de Saint-Emilion, bien exposé,fut plutôt préservé des gels alors que le versant nord aura été plus impacté. Les plateaux argilo-calcaires de Pomerol auront bien souvent échappés à la déculottée. Les secteurs de Puisseguin et de Lussac furent plus affectés. Cependant les primeurs 2017 en Saint-Emilion Grand Cru, Saint-Emilion, Montagne, Lussac et Puisseguin offrirent souvent de très jolis vins, caractérisés par le fruit et la fraîcheur, venant très bien compenser un certain déficit en matière. Eric Jeanneteau du Château Tertre de la Mouleyre opta pour un apport de seulement 35 % de bois neufs. Une option qui permit à celui-ci d’élaborer un Saint-Emilion Grand Cru élégant reposant sur des tanins dynamiques, des fruits et des arômes complexes. La vérité de ce millésime à nul autre comparable, même pas à l’ignominieux 1991, est celle d’un vin peu tannique et frais. Une fraîcheur qu’on retrouve dans le Château Clarisse, Vieilles Vignes, en Puisseguin Saint-Emilion mais également dans le Château de Candale, Saint-Emilion Grand Cru au nez frais de fleurs de cassis et aux fruits rouges juteux en bouche.

Dégustation chez Hubert de Boüard à Saint-Émilion.

Diala Younes

Présidente de l’Association des Œnologues de Bordeaux
« Malgré le gel qui a bien touché Saint-Emilion, je trouve que les vins présentés s’en sortent pas mal. Bien qu’hétérogènes, les vins issus de vignes gelées sont bien vifs et sur le fil tandis que des vignes non gelées présentent une sacrée matière et une belle maturité. »

 

Haut-Médoc et Médoc

La rive gauche de la Garonne a dans son ensemble permis au cabernet sauvignon d’atteindre de jolis niveaux de maturité qui, comme le signale Fabien Faget du cabinet œnologique Enosens, ont donné en particulier dans le nord du Médoc des notes de fruits noirs et d’épices. On retrouvait des structures moins équilibrées dans le sud de la presqu’île. Ce millésime se caractérisa par sa précocité dans les zones proches de l’estuaire et épargnées par le gel avec « de beaux potentiels et de belles expressions fruitées » selon Fabien Faget. Château Malescasse, en Haut-Médoc, exprime une belle intensité aromatique avec des notes de sureau et de confiture de mûres. En bouche l’attaque est fraîche et les tanins fins laissent la place à des notes de griottes fraîches. Une vraie réussite. On retiendra encore le Château La France Delhomme, Cru Bourgeois du Médoc, 100 % merlot, qui présente une bouche tout en velours avec de forts jolis fruits mûrs.


Philippe Dambrine

Président du Conseil des Vins du Médoc
« Pour les heureux que le gel n’a pas trop mordus, 2017 se montre aimable, plein et équilibré. Un peu comme si la vigne sauvée du gel avait répondu à la violence climatique par une extrême douceur, une grande amabilité ! Il faudra en tout cas inscrire ce millésime atypique dans nos livres de cave. »

 

Saint-Estèphe et Pauillac

Du fait de sa proximité avec le fleuve, régulateur thermique, Saint-Estèphe fut largement épargné par les gelées d’avril. Les merlots de croupes sortaient avec dix jours d’avance et dans l’ensemble on se réjouissait des belles maturités. Si la structure du Château German Marbuzet, Saint-Estèphe, n’est pas puissante on en admire l’élégance et la finesse. A Pauillac les conditions fraîches et humides de la dernière quinzaine de septembre ont modifié le profil du millésime. On effectua les vendanges de merlots précoces pratiquement en même temps que les cabernets-sauvignons, rentrés avec de bonnes qualités phénoliques. On retient sur cette appellation le Château Pichon Baron, qui allie puissance et finesse avec un milieu de bouche déjà parfaitement onctueux et séveux.

Henry Clémens

 

 

 

Simon Blanchard

Simon Blanchard

Derenoncourt Consultant

« Le millésime est précoce et la maturité est au rendez-vous mais dans un contexte d’un mois de septembre pluvio-orageux. On est donc sur des vins fins, à la structure tannique raffinée et aux belles intensités aromatiques. Il est difficile d’évoquer une appellation vedette dans le millésime, il y a plutôt des réussites un peu partout mais de manière générale les vins issus de sols argileux (calcaires ou graveleux) ont mieux encaissé les pluies de septembre et présentent moins de dilution en milieu de bouche. A contrario, les sols légers ont souvent donné des vins manquant de corps. »